2021-04-21

Henri Verne : Bob Morane 9 - Oasis K ne réponds plus


Confortablement installé dans un appartement parisien, un homme lit un journal qui relate l’enlèvement d’un immigré polonais de la banlieue. Un événement étrange car il s’agirait d’un homme sans histoire. De plus, un individu aux yeux fixes, sans vie, aurait été aperçu dans les parages. La police ferait même un rapprochement avec d’autres enlèvements survenus en Algérie, notamment. Tiens, c’est justement là où se trouve Bob Morane au début de cette histoire. En tourisme, il va s’en dire, mais, comme d’habitude, il n’aura pas le temps de visiter la corniche d’Alger… En effet, en rentrant à son hôtel, il trouve un mot de son ami de Polytechnique, Claude Bory, qui se prétend en danger et lui demande de le retrouver dans un hôtel d’un quartier mal famé du secteur arabe de la ville. Sauf qu’on ne revoit plus Claude Bory, probablement enlevé comme les autres. Et quand Bob Morane rentre à son hôtel, des têtes dirigeantes des armées françaises et américaines l’attendent de pied ferme pour lui confier une mission délicate, une mission qui, devant les réticences du principal intéressé, se transforme subtilement en ordre. De quoi s’agit-il ? Une base militaire secrète située dans le désert du Sahara, conçue en partenariat par les deux puissances, ne répond plus aux appels répétés du colonel Jouvert, le responsable en titre pour la France. Or, cette base dispose d’un arsenal impressionnant, des avions, des fusées, des bombes… Un armement susceptible de détruire en un temps record plusieurs grandes villes du monde occidental. Par ailleurs, la base a été conçue de manière à ce que ses habitants puissent vivre en totale autarcie, sans aucun apport extérieur en denrée et en énergie. Alors, on comprendra aisément que, quand on a perdu la communication avec une telle base et que chaque émissaire qui s’y rend ne revient jamais, il y a de quoi s’inquiéter.

Donc, Bob Morane a reçu la mission d’aller jusqu’à cette base, appelée Oasis K, pour comprendre ce qui s'y passe. À bord d’un jet mis à sa disposition, il se rend jusqu’au désert du Sahara sans trop s’approcher de la base, atterrit au milieu d’une zone montagneuse et s’y dirige à pied au milieu des dunes de sable. Mais il est vite repéré… Alors il affronte tout seul une armée de militaires aux yeux vides, un peu comme des hommes-robots, réussit à se réfugier dans une tribu Touareg et, après une nuit de répit, est fait prisonnier le lendemain matin. En guise de représailles, les mercenaires brûlent le village des Touaregs…

Une fois à la base, Bob Morane est conduit dans le bureau de Charles Wiener, un biologiste, qui s’avère le maître de l’Oasis K. À l’instar des Faiseurs de désert (Bob Morane 7), notre héros a affaire à un savant fou qui veut dominer le monde… Devant le refus de coopérer de Bob Morane, ce mégalomane entreprend de le transformer en zombi, une pratique inspirée par le vaudou haïtien qu’il semble connaître fort bien. Mais un subterfuge, initié par son ami. l’invite à mimer le comportement des hommes aux yeux vides jusqu’à ce que les deux amis puissent s’enfuir afin de prévenir le consortium militaire franco-américain de ce qui se passe à Oasis K. Nos héros réussissent à dérober un jet au moment même où Wiener lance un avion porteur d’une bombe atomique destinée à détruire Alger. Comme on s’en doute, Bob Morane réussit à détruire l’avion qui s’écrase, avec sa bombe, en plein sur la base, détruisant plutôt Oasis K. Mais au lieu des félicitations qu’il serait en droit de s’attendre, le commandant Morane se fait rabrouer par le colonel Jouvert, celui-ci acceptant mal la destruction d’Oasis K, une base qui a coûté des millions et qui représente plusieurs années de recherche militaire. Aussi, il  souhaite ramener notre héros en France afin qu’il s’explique devant un tribunal militaire. Bob Morane ne regrette rien, considérant que la perte de cette avancée scientifique s’avère un bienfait pour le monde qui n’a nul besoin d’un complexe militaire pour s’épanouir… Il tourne alors le dos au colonel, fermement décidé à passer quatre ou cinq mois chez ses amis les Touaregs…

J’ai bien aimé ce neuvième roman de Bob Morane. Certes, son intrigue est simple, mais il véhicule une vision moins simpliste des relations internationales que L’Héritage du flibustier, par exemple. Certes, même si le roman se déroule en Algérie, Henri Vernes n’aborde à aucun moment la délicate question de colonisation française dans ce pays. Cela n’empêche pas qu’il s’y sent clairement en territoire conquis. Quant à sa sympathie pour les Touaregs, elle relève d’une sentimentalité toute occidentale pour l’idéal de liberté qu’inspirent ces tribus nomades qui vivent davantage de razzias que d’autres choses… Bien entendu, comme dans tous les romans jusqu’à présent (sauf dans La Griffe de feu où Bob Morane croise la nièce du gouverneur), les femmes brillent par leur absence.

Henri Vernes. Bob Morane 8 : Oasis ne répond plus, c1955


2021-04-07

Perry Rhodan 1 : Opération Astrée

Perry Rhodan est un héros d’une série de romans de science-fiction dont l’écriture - toujours en cours - a débuté en 1961 en Allemagne. Il s’agirait de la plus imposante œuvre de fiction de tous les temps. Elle ne compte pas moins de 2900 fascicules et se déploie sur plus de 40 cycles. Pour dire la vérité, et c’est sans doute un effet de la pandémie, je me sens attiré par les séries, comme celle des Bob Morane (230 titres), par exemple, dont j’ai entrepris la lecture par ordre de parution. Toutefois, la différence entre cette série et les autres c’est que Perry Rhodan constitue un seul et même roman, et non un regroupement d’épisodes n’ayant en commun qu’un héros. Bref, nous sommes en présence d’une histoire qui n’en finit pas… car elle n’est toujours pas terminée après soixante ans !

Je dois avouer que je n’ai jamais été un fan de science-fiction. Plus jeune (et encore  aujourd’hui, parfois), je lisais beaucoup de romans policiers et, depuis une vingtaine d’années, je me suis mis au fantastique, genre souvent associé à la S.-F. J’ai déjà rédigé une note de lecture sur la magnifique série L'Assassin royal de Robin Hobb). Récemment, j’ai lu Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, mais déjà nous nous éloignons un peu du genre… alors qu’avec la série des robots de Isaac Asimov, nous en sommes en plein cœur.  J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié Face aux feux du ciel dont je viens de terminer la lecture. 

Mais revenons à Perry Rhodan, si vous le voulez bien. Opération Astrée est le premier roman de la série. En version traduite en français, il englobe les deux premiers fascicules de l’édition allemande de 1961. Je ne vous en ferai pas un résumé stricto sensu parce que vous en trouverez un excellent sur Wkipédia. Non, à chaque lecture, je vais plutôt vous communiquer des impressions. L’édition française compte 419 ouvrages, je crois. Vais-je passer au travers ? J’en doute… mais commençons déjà par le premier, si vous le voulez bien. Ce premier roman initie aussi le premier cycle -  La troisième force, qui compte 21 volumes et dont l’intrigue se déroule entre 1971 et 1984.

Il y a plusieurs choses qui me viennent à l’esprit à la lecture de ce premier Perry Rhodan. Premièrement, dans les premiers chapitres, on ne se sent pas vraiment dans une œuvre de science-fiction. En effet, on assiste au lancement d’un aéronef pour la lune, ce qui n’a plus rien de si extraordinaire compte tenu que l’exploit a déjà été réalisé par les Américains dans les années 1960. Au bord de la fusée, quatre hommes : le major Perry Rhodan, bien entendu, son acolyte Reginald Bull (Bully), Clark G. Flipper (Flip) et Éric Manoli, le médecin. Ce lancement dans l’espace s’accompagne d’une  profusion d’informations techniques dont nous gratifient les auteurs… Ça m’a laissé un peu froid, je dois avouer, et pendant un moment, j’ai bien failli abandonner la lecture de cet ouvrage plus destiné aux ingénieurs qu’aux littéraires…

Deuxièmement, si on sait peu de choses sur l’histoire personnelle des personnages, les auteurs ont su ajouter un brin d’humanité à ce quatuor d’astronautes. Par exemple, Flip a laissé sa femme enceinte sur la Terre et, visiblement, il s’en inquiète. Perry Rhodan aurait préféré qu’il ne participe pas à cette mission parce que cette inquiétude - qu’il comprend très bien - peut nuire à la réalisation de ses objectifs. Mais la décision a été prise à un échelon supérieur, et il doit s’en accommoder.

Troisièmement, ce premier roman ne prend sa dimension véritablement S.-F. qu’au huitième chapitre, lors de la rencontre, sur la lune où un brouillage des ondes empêche l’équipe de Perry Rhodan de communiquer avec la Terre, avec les représentants d’une civilisation avancée: les Arkonides. Les personnages de Krest, le directeur scientifique de l’astronef, et de Thora, la cheffe en titre du navire spatial, sont quasi caricaturaux. De même que les relations qu'ils tissent avec Perry Rhodan et son équipage. Mais ça n’empêche pas le lecteur d’adhérer à l’intrigue qui bascule dans une sorte d’imbroglio quand les trois puissances mondiales - la Russie, les États-Unis et la Fédération asiate (la Chine, plus ou moins) - essaient de récupérer les armes ultra sophistiquées que Perry Rhodan a ramenées de la Lune. Installé en plein désert de Gobi, il résiste aux pressions internationales parce qu’il ne souhaite pas que ces armes ne servent aux fins d’une seule nation. Et ce faisant, il accomplit ce que les Arkonides estiment une étape essentielle dans l’évolution de la Terre : l’abandon des conflits nationaux en faveur de l’instauration du gouvernement mondial. Ainsi, les Américains, les Russes et les Chinois deviendront tout simplement des Terriens. C’est du moins le souhait que formule Perry Rhodan en créant la Troisième force, l’État le plus petit du monde puisqu’il tient à un rayon de moins de dix kilomètres carrés protégé par un champ de force conçu par les Arkoniens.

Ce résumé souffre de nombreux raccourcis, je l'admets, mais je vous invite à lire ce premier volume pour vous faire votre propre idée. Fait cocasse à relever : les Arkonides sont une nation en dégénérescence parce que ses habitants passent leurs journées plantées devant l’écran d’un appareil portatif : le phantasmatographe. Cet appareil permet de jouer à des jeux qui s'apparentent à la réalité virtuelle… Ça vous rappelle quelque chose ? Inutile de vous rappeler que ce premier Perry Rhodan a été écrit en 1961… Dans le roman, le phantasmatographe rend les gens amorphes et, chose assez grave, mine leur volonté de vivre.

Bien entendu, ce premier roman ne connaît pas une fin proprement dite... Perry et son équipe tentent de sauver Krest qui se meurt de la leucémie. En échange, les Arkonides les aident à empêcher une guerre atomique susceptible de détruire la Terre. Malgré la simplicité de l’intrigue, je n’ai pu m’empêcher de dévorer les derniers chapitres, lisant même la nuit entre deux périodes de sommeil. Alors, je ne sais pas pour vous, mais moi je vais lire sans trop attendre le deuxième volume : La Terre a peur.

K.H. Scheer et Clark Carlton. Opération Astrée (Perry Rhodan 1), c1961, 1966 pour la traduction française.


2021-03-21

Henri Vernes : Bob Morane 8 – Le Sultant de Jarawak


Le huitième Bob Morane débute dans une soirée mondaine qui se déroule dans un genre de club pour gentilshommes comme on en retrouve tant en Angleterre, bien que nous soyons à Paris. À cette soirée, un médecin raconte l’histoire d’une patiente aux prises avec une maladie tropicale que nul ne peut guérir. Cette femme possède une perle rose que son mari, un entomologiste mort depuis peu de la même maladie qu’elle, a rapportée de la petite île de Jarawak sise en Indonésie, un vaste archipel comme chacun sait. Or, le Sultan de Jarawak orne son turban d’une perle rose, identique à celle que possède madame de Neuville. Le médecin ajoute que seule la réunion des deux perles pourrait lui redonner goût à la vie et, par le fait même, la volonté de guérir. Cette histoire, aussi touchante qu’invraisemblable, flatte le côté redresseur de tort de Bob Morane qui, après s’être entretenu avec la dame, décide de partir à Jarawak pour convaincre Timour Bulloc, le sultan cruel et sanguinaire, comme il se doit, de lui redonner la perle jumelle pour sauver la vie de madame Neuville.

Dès le deuxième chapitre, Bob Morane se trouve sur l’île de Timour, voisine de Jarawak,  parce que le sultan, jaloux de son autonomie, refuse toute liaison aérienne ou navale avec son pays de rattachement. Il vit donc en autarcie, exploitant son peuple dont l’activité principale consiste à l’approvisionner en perles. En plus, le quart de ce bon peuple meurt chaque année d’une fièvre endémique sur cette île. La nuit même de son arrivée à Timour, Morane affronte un mercenaire malais qui, en cherchant à le molester, lui déconseille vivement de se rendre à Jarawak. Dans le même hôtel, il rencontre un Anglais du nom de George Leslie qui, lui aussi, veut se rendre sur l’île pour y effectuer des recherches sur cette fièvre afin de trouver un vaccin ou un médicament. Les deux hommes deviennent amis et, bien entendu, ne renoncent pas à leur voyage. D’ailleurs, grâce à un Hongrois, trafiquant d’ailerons de requin, ils réussissent à s’embarquer sur un rafiot et débarquent à Jarawak, accueilli par Sir Harvey Jameson, un vieux scientifique anglais et ami de Leslie.

Le jour même de son arrivée sur l’île, Bob Morane obtient une audience auprès du sultan. Comme on s’y attendait, celui-ci refuse de céder la seconde perle rose, même si la vie d’une femme est en danger. Morane remarque la fascination morbide qu’éprouve le sultan pour ses perles. Devant ce refus, il se retire… mais revient la nuit pour tenter de voler cette perle. Il se fait rapidement arrêter par la garde du sultan qui met notre héros aux travaux forcés, en l’occurrence à la récolte des perles, un travail éreintant qui n’est pas sans risque compte tenu qu’il faut plonger en apnée pendant de longues minutes pour récolter des perles. Lors d’une de ces plongées, Bob Morane sauve la vie de Khalang, un Malais qui deviendra un allié. Tous deux réussissent d’ailleurs à s’échapper grâce à un passage souterrain. S’ensuivra une fuite éperdue en mer et dans la jungle de l’île, fuite au cours de laquelle on découvre que ce ne sont pas les perles qui enrichissent la sultan, mais plutôt la culture du pavot qui fait la joie des trafiquants d’opium de cette région du monde. 

Par la suite, tout se bouscule. Le chef du village dans lequel Morane s’est réfugié se joint à lui et triomphe du Sultan qui abdique. Vaincu, miné par la fièvre, il se fait soigner par son sorcier, ce qui permet à George Leslie de comprendre que la mixture curative n’est en fait qu’une sorte d’antibiotique. L’île étant sauvée de la tyrannie de son sultan, Bob part rapidement pour la France, dans l’espoir de sauver madame Neuville. Dans ses bagages, il ramène la mixture qui permettra sans aucun doute à la sauver. Sur l’île de Timour, il déjoue un traquenard mis en œuvre par le Hongrois et son acolyte malais et finit par s’envoler pour Djakarta, puis Paris. Le roman se termine par là où il a commencé : chez madame Neuville en compagnie du médecin. Grâce à cet antibiotique, la dame est guérie et notre héros, heureux d’avoir accompli sa mission.

Le Sultan de Jarawak est le deuxième roman d’Henri Vernes à être publié en 1955. Tout comme le roman précédent (Les Faiseurs de désert), son intrigue est plutôt simpliste et, à vrai dire, assez prévisible, mais l’aventure en pays tropical suffisait encore, j’imagine, à susciter l’attention des lecteurs adolescents d’Europe et d’Amérique au milieu des années 1950. À l’instar de L’Héritage du flibustier, Bob Morane est directement impliqué dans un quasi coup d’État, signe évident d’une culture occidentale qui ne souffrait d’aucun complexe de supériorité à cette époque colonialiste. Et, bien entendu, aucune présence féminine dans ce roman. On est toujours dans un monde de gars, même si bien des femmes m’ont avoué depuis avoir lu pas mal de Bob Morane… tout comme je lisais moi-même des Sylvie !

Henri Vernes. Le Sultan de Jarawak (Bob Morane 8)c1955

2021-03-09

Henri Vernes : Bob Morane 7 – Les faiseurs de désert


Le septième Bob Morane débute chez un cordonnier de Montmartre lorsqu’un homme se méprend sur l’identité de notre héros en l’abordant sous le nom d’Alexandre Semenof. Bob Morane joue le jeu autant par curiosité que par besoin d’action quand il comprend que cet homme requiert ses services pour le compte d’un professeur. En rentrant chez lui, Bob s’aperçoit qu’il est suivi par un autre homme à la mine patibulaire. Il le sème, entre dans son appartement et, au téléphone, apprend par son ami le professeur Clairembart l’identité de ce Semenof, un ingénieur tombé entre de mauvaises mains. Il n’en faut pas plus pour que notre héros vole à son secours… Un vol et un assassinat plus loin, le commandant Morane se trouve à bord d’un navire en compagnie de mécréants qui le prennent toujours pour l’ingénieur Semenof. Il navigue en direction d’une île…

Cette île, nommée Assomption, est située quelque part aux Antilles et appartiendrait au professeur Sixte, un mégalomane qui, après que son invention ait été refusée par plusieurs pays du monde, a concocté un virus capable de détruire toute culture en un temps record, transformant ainsi les terres arables en désert. Toujours sous l’identité de Semenof, Bob Morane est chargé par Sixte de concevoir une fusée susceptible de projeter ce virus dans n’importe quelle partie de la terre. Mais, après avoir constaté l’efficacité diabolique de l’invention du professeur, il décide de quitter l’île pour rejoindre Washington afin de prévenir les autorités américaines. Plusieurs embûches entravent sa fuite, bien entendu, dont le dénommé Mayer, le tueur chargé d’accomplir les basses œuvres de Sixte. D’ailleurs, notre héros serait tombé sous ses balles si ce n’était de l’intervention in extremis de  Fred Duncan, un Américain à la solde du professeur mais qui, dans les faits, travaille pour le service de contre-espionnage américain. Mayer hors d’état de nuire, les deux hommes cherchent à fuir en bateau, mais leur plan est contrecarré par les hommes de main du professeur à qui ils ont volé les documents décrivant ses découvertes. Ne pouvant fuir par la mer, Morane et Duncan s’enfoncent dans la forêt dense du sud de l’île. Après quelques heures de marche, ils tombent sur les travailleurs d’origine haïtienne qui se trouvent en pleine séance de vaudou. Le chef, Caïus, reconnaît Morane qui l’a déjà sorti des griffes de Mayer quelques jours plus tôt. Aussi accepte-t-il de l’aider à combattre le professeur Sixte et ses mercenaires. Mais voilà qu’en arrivant sur les lieux ils aperçoivent le yacht du professeur au loin… mais aussi le navire militaire des États-Unis prévenu plus tôt par un télex que Bob Morane a réussi à envoyer avant sa fuite en forêt. Croyant que tout est joué, Bob Morane pénètre dans le bunker métallique pour détruire toute trace possible du virus mortel du professeur… mais il est accueilli par ce dernier. Une lutte s’ensuit au cours de laquelle notre héros a bien failli y laisser sa peau. Heureusement, la rixe se termine par un accident et, par le fait même, par la mort tragique du biologiste mégalomane qui fait une chute de plus de dix mètres sur le carrelage en béton du bunker. 

Un an plus tard, Morane se retrouve en compagnie du professeur Clairembart dans son appartement de Paris et parcourt un article de journal annonçant que les États-Unis ont récupéré les graines géantes de Sixte, cette invention susceptible d’éradiquer la faim dans le monde. Bob Morane, malgré le risque qu’il a encouru au cours de cette mission (tout à fait volontaire, ne l’oublions pas), a droit à un bel éloge de son auteur : 

« Peut-être son destin était-il de suivre cette piste s’offrant à lui et peut-être qu’en la suivant, il accomplirait un acte dont il aurait par la suite à se féliciter. Car, enfin, ce qui comptait pour l’homme, c’était de suivre son destin jusqu’au bout, sans égoïsme et sans peur. » 

Tout est bien qui finit bien, donc. Une constante dans les romans d’Henri Vernes jusqu’ici. D’ailleurs, d’autres constantes méritent d’être relevées. D’abord, nous sommes toujours dans un monde de gars : aucune femme dans ce roman, même chez les autochtones. Ensuite, les « colonisés » sont mis à contribution : ils se mettent du côté des « bons » blancs contre les « mauvais ». C’est le cas dans plusieurs romans jusqu’ici, notamment dans La Vallée infernale, Sur la piste de Fawcett, et bien d’autres. D’ailleurs, on ne s’attardera pas trop sur l’image véhiculée par Henri Vernes des travailleurs haïtiens des faiseurs de désert. Parfois, en lisant leur description, on a l’impression d’être encore à la fin du XIXe siècle alors que nous sommes tout de même en 1950 ! Ça témoigne bien d’une vision européocentriste d’un Occident maître du monde, ce qui était sans doute encore acceptable à l’époque de l’écriture de ce roman. Aujourd’hui, ça ne passerait plus, bien entendu.

Les faiseurs de désert est un bon roman, somme toute. Meilleur que L’héritage du flibustier en tout cas. Certes, il y a un peu trop de hasard et d’invraisemblances, mais il s’agit d’un roman pour adolescents, donc on ne s’évertue pas à recréer un contexte crédible. Et le personnage du savant fou frustré par la vie qui cherche à détruire le monde,  on voit ça dans les super héros Marvel… mais dans Bob Morane ?  

Henri Vernes, Bob Morane 7 : Les faiseurs de déserts, c1955

Henri Vernes : Bob Morane 6 – L’Héritage du flibustier


Après la Nouvelle-Guinée (La vallée infernale), l’Égypte (La galère engloutie), le Brésil (Sur la piste de Fawcett), Centrafrique (La griffe de feu) et le Yémen (Panique dans le ciel), Henri Verne nous emmène dans une autre région du monde –  aux Antilles et en Amérique centrale -, faisant ainsi voyager la jeunesse masculine du milieu des années 1950. Et c’est toujours en conquérant qu’il le fait, en Européen maître de ce monde encore largement colonisé.

L’Héritage du flibustier, sixième roman de la série des Bob Morane, ne débute pas à Paris comme dans les deux romans précédents, mais à San Felicidad, une île de la mer des Antilles. Bob Morane s’ennuyait dans son appartement parisien et, puisqu’il n’aime visiblement pas l’hiver, il est venu passer quelques mois aux Caraïbes, espérant prendre quelques coups dans une nouvelle aventure. Ça ne va pas tarder à arriver, d’ailleurs, car, dès les premières pages, en cherchant un bateau pour se rendre à la République de Zambara, un marin lui raconte avoir été torturé dans ce pays dirigé d’une main de fer par le dictateur Porfirio Gomez. Un peu découragé de ne pas trouver un pêcheur qui accepte de l’emmener, il se balade nonchalamment sur les quais quand, tout à coup, il rencontre le breton Claude Loarec qui a maille à partir avec quelques ouvriers travaillant pour son oncle Pierre, le riche  propriétaire d’une pétrolière. Sans hésiter, il vole à son secours et, rapidement, les deux hommes deviennent amis. Pour le remercier du coup de main, Loarec accepte de conduire Bob Morane en bateau jusqu’à Zambara, pays imaginaire d’Amérique centrale.

Après un jour ou deux de navigation, voilà que nos deux compères accostent nuitamment sur la côte. Ils décident alors de dormir un peu dans une hacienda abandonnée avant de prendre la route pour la capitale. Mais ils se réveillent au milieu d’un conflit entre un révolutionnaire et un détachement de l’armée zambariste. Bien entendu, ils se rangent du côté du plus faible et réussissent à fuir avec Pablo Cabral, le rebelle, non sans s’être fait un ennemi mortel en la personne du capitaine Foldès. Une fois rentrés à San Felicidad avec Cabral, nos héros repartent pour explorer l’île aux Cocotiers, là où le flibustier Montbuc aurait caché son trésor à la fin du XVIIIe siècle, car il faut bien justifier le titre de ce roman aux multiples péripéties, n’est-ce pas ? Et, comme par hasard, dans le cratère du volcan éteint de cette île, Bob et Claude tombent sur le gouverneur de Zambara et ses acolytes. Ceux-ci les capturent et les enferment à la prison de la capitale dans laquelle Claude, en tout breton qu’il est, déchiffre sur le mur de la cellule une inscription en gaélique indiquant la carte même du trésor écrite de la main de Montbuc. Le trésor serait finalement caché dans une caverne dans la région du rio Curupiri en plein territoire des Karapeï ou Indiens bleus, une tribu aux mœurs sanguinaires généralement hostiles aux Blancs. Ayant conclu un marché avec le gouverneur Fiscal (leur libération contre le trésor), ils se retrouvent en canot à l’embouchure de la rivière Curupiri. Près de la caverne où serait caché le trésor, certains hommes de l’expédition succombent aux flèches des Karapeï, mais Bob, Claude et le gouverneur sont faits prisonniers. Pourquoi seuls les Européens ont-ils été épargnés par les Karapeï ? On ne le sait pas… mais on s’en doute parce qu’on découvre que le chef de ces indiens est un ancien officier allemand de la Deuxième Guerre mondiale : Guth Lüber. Encore une fois, nos héros monnaient leur vie en échange du trésor… Une alliance se tisse alors entre l’Allemand et le gouverneur Fiscal  qui agit ainsi à l’insu du président de Zambara. 

Les romans de Bob Morane pèchent parfois par leur invraisemblance… car, dans la même caverne, se pointent soudainement le président du Zambara en chair et en os, Porfirio Gomès, accompagné du capitaine Foldès, qui avait quitté le groupe lors de l’attaque des Karapeï. Les péripéties se suivent et se ressemblent et, après quelques épreuves, Morane et les Loarec, père et fils, se retrouvent à bord d’un hydravion zambariste, le président et l’Allemand ayant été faits prisonniers. Quant au gouverneur Fiscal et au capitaine Foldès, ils n’ont pas survécu à leur cupidité… Et après ? Notre héros joue un rôle non négligeable dans la Révolution zambariste… Et quand Pablo Cabral lui demande pourquoi il risque sa vie pour un pays qui n’est pas le sien. Bob Morane fait la seule réponse qu’on attend d’un héros : « Ce combat est celui de tous les hommes, dit-il, puisqu’il est celui de la liberté. Voilà pourquoi il est aussi le mien. » Et tout est bien qui finit bien avec, notamment, la signature d’une entente entre le pétrolier Loarec et le nouveau président de la République de Zambara. Qu’advient-il de l’héritage du flibustier ? Il servira à renflouer le trésor public du nouvel État qui en a bien besoin…

Ici, quelques remarques s’imposent. D’abord, comme dans la plupart des Bob Morane jusqu’à présent (à l’exception, peut-être, de La Griffe de feu), il n’y a pas la moindre présence féminine dans ce roman. Pas même un personnage secondaire. Ensuite, L’Héritage du flibustier est le cinquième roman d’Henri Vernes à avoir été écrit en 1954. Cinq romans en une seule année, donc. C’est peut-être trop parce que, à mon avis, la qualité de l’intrigue n’est pas au rendez-vous : trop de coïncidences, trop d’invraisemblances, trop de revirements. On est loin de la qualité de La Vallée infernale.  Enfin, pour la première fois, Henri Verne donne des noms fictifs aux pays où il se rend : San Felicifad, cette île des Antilles, et la République de Zambara. Ça s’explique sans doute parce que l’auteur aurait du mal à justifier l’implication de son héros dans des événements révolutionnaires d’un pays réel d’Amérique latine…

Henri Vernes. Bob Morane 6 : L’Héritage du flibustier. Éd. Gérard & cie, 1954 (Marabout Junior)

Henri Vernes : Bob Morane 5 – Panique dans le ciel


À l’instar de l’ouvrage précédent, le cinquième Bob Morane débute à Paris alors qu’il est attablé à la terrasse d’un café. Un journal posé devant lui,  notre héros apprend l’écrasement d’un Tonnerre, un avion à réaction, fleuron de l’aviation britannique, à Aden (Yémen). Pendant qu’il s’étonne à haute voix de cet événement qu’il juge douteux, une voix familière se fait entendre, celle du professeur Clairembart dont on a fait la connaissance dans La galère engloutie. Et comme le hasard fait bien les choses, à la table à côté se trouve un autre homme, l’ingénieur anglais qui a conçu cet aéronef et qui, plus tard dans la soirée, frappe à la porte de Bob Morane, quai Voltaire, pour le supplier de se rendre au Yémen pour résoudre l’énigme de cette catastrophe aérienne. Notre héros refuse, ne se sentant pas habilité à mener une telle enquête… mais, devant les rigueurs de l’hiver, il s’envole tout de même pour le Yémen, en simple touriste, pense-t-il…

L’aventure débute au bord de l’avion alors qu’un homme aborde Bob Morane au bord de l’avion. Cet homme se présente sous une fausse identité et, connaissant le commandant Morane de réputation, le met en garde sur ses agissements possibles à Aden, ville qui fourmille de ruelles où des événements fâcheux peuvent se produire… Et, en effet, dès son arrivée à l’hôtel, Bob se trouve entraîné dans une tourmente d’événements… Comme si la terre entière se liguait contre lui, il est « victime »  de plusieurs tentatives d’assassinats de la part d’un ennemi qui reste non identifié jusqu’à l’avant-dernier chapitre du livre. Heureusement qu’il se lie rapidement d’amitié avec Sir Georges Lester, le chef de la police locale, et le major Briggs, de la British Air Force. Cela lui sera utile pour résoudre l’intrigue et mettre à jour le plan machiavélique de l’ennemi qui souffre du syndrome du savant fou…, style de personnage typique des romans d’aventure en général. 

Ce cinquième ouvrage d’Henri Vernes marque le retour de Bill Ballantine, compagnon de Bob Morane dans le premier roman (La Vallée infernale). Ce mécanicien à la chevelure rousse donnera un solide coup de main à notre héros quand il fera face, seul contre un dizaine d’hommes, dans le camp des malfaiteurs sis en plein désert yéménite. Quant à la présence des femmes dans l’univers de Bob Morane, il accuse un recul par rapport au roman précédent (La Griffe de feu) : pas le moindre personnage féminin, même pas en second plan. Décidément, Henri Vernes s’adresse vraiment aux garçons de 13 à 17 ans de la fin des années 1950… Pour ce qui est de la thématique du roman, son aspect documentaire pourrait-on dire, on délaisse les volcans au profit de l’aéronautique. Ainsi, le méchant, si méchant soit-il, est une sorte d’ingénieur de génie puisqu’il met au point l’avion à double hélice, ce qui fascine Bob Morane : « L’avion vertical ! murmurait-il. Depuis des années, tous les constructeurs du monde en cherchent le secret et le voilà, devant moi, capable, par la simple traction de ses hélices, de s’élever sur place, en chandelle, de se redresser en plein ciel, de s’y immobiliser ou de voler à l’horizontal et d’atterrir à reculons ». 

À l’instar des comptes rendus de lecture précédents, je termine celui-ci par une note sur la philosophie de l’aventure du héros : 

« Rien, il le savait, ne l’obligeait à risquer sa vie pour une cause qui n’était pas la sienne. Elle n’est pas la mienne, murmura-t-il entre les dents, mais celle de tous les hommes, et c’est pour cela qu’il me faut aller jusqu’au bout, malgré tous les dangers…» 

Reste à savoir si cet humanisme apparent inclue vraiment « tous les hommes », et pas seulement ceux des grandes puissances occidentales pour lesquelles le Yémen est un territoire britannique et un repère de forbans. Nous sommes en 1954, ne l’oublions pas.

Henri Vernes. Bob Morane 5 : Panique dans le ciel. Éd. Gérard & cie, 1954 (Marabout Junior)

Henri Vernes : Bob Morane 4 – La Griffe de feu

Le quatrième Bob Morane marque déjà une différence avec les trois précédents : notre héros, las de l’hiver parisien, accepte une mission en Afrique centrale. La différence est que, cette fois-ci, il ne le fait pas pour des raisons scientifiques ou humanitaires, mais simplement pour aider un chef d’entreprise ayant le projet d’extraire du gaz méthane au lac M’Bangi, une région du monde qui a toujours le statut de colonie française au moment de la publication de ce roman. Que Bob Morane se mette à la solde d’une société minière pourrait en étonner plusieurs… même si ses motivations s’avèrent davantage d’ordre personnel que pécunier. En effet, le commandant ne recherche jamais la fortune, seulement l’aventure qu’il perçoit clairement comme un mode de vie. C’est sans doute pour ça qu’il a accepté la mission que lui a confiée Jacques Lamertin, grand patron de la Compagnie minière de Centre Afrique (C.M.C.A.), et qui, en raison de son handicap (il se déplace en fauteuil roulant), ne peut se charger lui-même de ses mystérieux ennemis. Comme on le verra dès le deuxième chapitre, ceux-ci  n’hésitent pas à recourir à la violence – et même parfois à l’assassinat – pour mettre en déroute les projets de la C.M.C.A. en Centrafrique. Aujourd’hui, on aurait pu penser qu’il s’agissait d’un groupe de militants écologistes… mais nous  sommes en 1954, je vous le rappelle. 

Ainsi, Bob Morane s’envole vers l’Afrique de l’Est et, à partir du Soudan, il prend un vol pour Bomba, un nom fictif pour Bangui, capitale de Centrafrique. C’est du moins ce que je présume sans en être tout à fait certain. D’emblée il se lie à Packart, un touche-à-tout qui se trouve là-bas pour à peu près les mêmes raisons que lui : par amitié pour Lamertin. Sur place, nos héros font face à d’autres obstacles, dont une attaque à la bombe qui détruit leur navire et laisse sans vie deux indigènes. Mais Bob Morane reprend les choses en main et réunit d’urgence le conseil d’administration de la compagnie à Bomba. Cela lui permet d’obtenir l’appui de l’armée coloniale pour protéger les installations de l’usine qui servira à l’extraction du méthane. Packart et lui sont néanmoins inquiets : une pression au fond du lac pourrait provoquer une catastrophe environnementale susceptible de détruire toute vie dans le lac, voire même chez les populations vivant sur son pourtour. Mais avant le risque écologique, il faut compter avec une catastrophe naturelle : l’éruption du volcan Kamina dont les laves en fusion se dirigent vers le lac M’Banqui, et, par sa haute température, risque de libérer le gaz méthane du fond du lac… 

Dans cette catastrophe appréhendée, l’ennemi de la C.M.C.A. se dévoile sous les traits d’une personne machiavélique à la tête d’une société concurrente prête à tout, même la perte de centaines de personnes, pour arriver à ses fins. Bien entendu, Bob Morane saura triompher de ces bandits et, avec l’aide des Bayabongo, une tribu africaine vivant en retrait des colonisateurs, et de son chef Wénéga, il parvient à sauver la ville de Bomba et à restaurer les droits de la compagnie d’extraction du gaz méthane. Mais la prospérité a une prix comme le mentionne notre héros lui-même :

« Une moue d’amertume apparut sur les traits de Bob. — Et je ne serai pas là pour apprécier les bienfaits que votre succès va apporter à la région. Les cheminées d’usines faisant concurrence au panache du Kalima, les produits chimiques venant polluer les eaux du lac. Et dire que j’aurai été un des artisans de cette victoire. Une belle victoire, en vérité. Celle de l’homme fourmi sur la nature souveraine. »

L’intrigue de ce quatrième roman mettant en scène Bob Morane est un peu tirée par les cheveux et s’avère truffée d’invraisemblances. Peu importe, Henri Vernes nous offre de jolies descriptions du volcan Kalima et de son éruption. Par ailleurs, il fait œuvre didactique en mettant en annexe des informations sur les volcans. N’oublions pas que la série des Bob Morane s’adresse à des adolescents, et non à un public adulte, même si je prends personnellement plaisir à (re)lire cette œuvre marquante du XXe siècle.

Ah oui ! Pour la première fois, Henri Vernes fait apparaître une femme dans ses récits. Il s’agit de Claire Holleman, la nièce de l’administrateur colonial de Bomba. On sent qu’elle est attirée par notre héros, mais ça ne va pas très loin. À peine a-t-on droit à quelques apparitions dans le récit. Bob Morane est amoureux de l’aventure, pas des femmes… et il considère la sédentarité d’un ennui mortel. Voyez vous-même : « Sans doute Lamertin avait-il songé à lui, Bob Morane, pour occuper quelque poste important, mais il se voyait mal buvant des whiskies-soda à longueur de journée, attrapant une maladie de foie et s’encroûtant dans les routines. »

Henri Vernes. Bob Morane 4 : La Griffe de feu. Éd. Gérard & cie, 1954 (Marabout Junior)